LUTTE CONTRE LES VARROAS

Texte de Roger Vanhee

Les produits utilisés pour combattre les varroas n’étant plus autorisés, comme la lutte doit se poursuivre, voici , pour le moment un rappel de deux procédés qui peuvent sembler insolites mais qui sont cependant bien efficaces si ils sont bien appliqués.

LE PROCEDE DU PROFESSEUR RAMIREZ

Ce moyen original fût publié dans le numéro 1/1989 du périodique APIACTA, organe de la fédération APIMONDIA. Il s’agit d’une méthode mise au point par le Docteur W.B RAMILEZ, professeur d’entomologie et d’apidologie à la Faculté des sciences agricoles de Costa Rica. Etant donné que les varroas s’agrippent aux abeilles par des espèces de ventouses situées aux extrémités de leurs pattes, l’application sur les abeilles d’une fine poudre empêche l’adhésion des pattes des acariens, ils tombent mais qu’ils sont toujours vivants, le lange doit être bien graissé pour les retenir ou remplacés par un plateau contenant de l’eau, les varroas se savent pas nager, ils s’y noient.

La poudre peut être une poussière fine quelconque : du talc, de la farine, de la craie, du maërl, etc. – 50 cc suffisent pour un corps langstroth à 10 cadres ; 6 traitements à intervalle de 4 à 7 jours permettent d’éliminer 95 % des parasites. En France, la section apicole du laboratoire de Nice signale avoir essayé cette méthode avec diverses poudres et obtenu des résultats très satisfaisants : efficacité supérieure à 87 %, soit plus que celle citée par le Libefeld en Suisse pour le traitement à l’acide formique et il n’y a absolument aucun danger pour les abeilles ni pour les apiculteurs.

LE PROCEDE DU DOCTEUR VETERINAIRE PEDRO RODRIGUEZ de la Station de Recherche Honney bees research de Virginia Beech

Tout au long de la saison active, placer un cordon gras miellé par mois, en zig zag sur le dessus des cadres, sous le couvre-cadre.

Préparation des cordons : faire bouillir 1/4 litre d’eau, ajouter 250 gr de cire en morceaux, bien mélanger avec une spatule en bois, ajouter 1/4 de litre de paraffine ou de vaseline puis 250 gr de miel ou de sucre, remuer le tout pour obtenir une bonne homogénéité, retirer du feu et plonger une douzaine de cordons de coton blanc de 4 mm de diamètre et d’une longueur d’un mètre. Bien remuer. Les cordons vont absorber la préparation, laisser refroidir puis retirer les cordons un par un. On peut les conserver dans un récipient bien fermé. Durant la saison active, placer un cordon par mois, en zig zag sur les cadres, les abeilles vont les déchiqueter pour expulser et ce faisant, elles s’enduisent du mélange gras ce qui ne les dérangent guère. Par contre, les varroas ne s’en accommodent absolument pas : cette matière grasse perturbent leur système respiratoire et va même jusqu’à les asphyxier, ils tombent inanimés sur le lange.

(Ce procédé serait d’usage courant dans divers pays d’Amérique du Sud et en Espagne).

FAIT REMARQUABLES DANS NOTRE ASSOCIATION

Après avoir évoqué les travaux exceptionnels d’Usmar BAUDOUX (cellules plus grandes) et ceux caractéristiques de Marcel DEHOUSE (Ruches cylindriques et sphériques), ci-après, voici quelques réalisations d’un autre membre éminent de notre cercle : Léo DE RUDDER, qui en fût d’ailleurs Vice-Président pendant plus de 25 ans. Ici, nous avons à faire avec un vrai technicien en apiculture : des applications exclusivement pratiques.

Né dans la région gantoise, d’un père jardinier chez un châtelain, s’occupant aussi des ruches présentes dans le domaine, Léo a suivi la tradition avec un attrait particulier pour les abeilles. Venu assez tôt à Bruxelles pour travailler, il était ébéniste de formation, il oeuvra aux Ets VAN LINTHOUT à Uccle. Lorsqu’il s’est installé à Rhodes-St-Genèse, le long de la linge de chemin de fer de Bruxelles Nivelles, inévitablement il eut son jardin, ornement et potager, et son rucher. Curieux et progressiste, il connaissait parfaitement tout ce que l’on pouvait trouver sur le marché du matériel apicole. Autodidacte, il était toujours à l’affût des nouveautés, recherches, trouvailles qui se présentaient, il appréciait la technicité des instituts scientifiques allemands. Très vite, il s’est mis à réaliser lui-même divers accessoires plus performants que ceux du commerce.

Une première réalisation assez modeste, la cage d’introduction d’une nouvelle reine dans une colonie, inspirée par la cage GAPIR ; elle était bien plus commode d’usage et permettait de suivre, sans déranger la colonie, le processus d’acceptation par les abeilles. Elle a figuré sous le nom « DE RUDDER » dans de nombreuses éditions du catalogue de la Firme Jos MEES de Herenthals, longtemps le plus important négociant en matériel apicole du pays.

Non satisfait de son travail avec les ruches classiques, il a conçu sa propre ruche qui se travaille de l’arrière : ruche-armoire, déplacement des cadres horizontalement, accès au nid à couvin sans déranger la hausse, pas de hausse à soulever, on n’a jamais que des cadres à manipuler un par un ; fabrication personnelle, elles comportaient des astuces intéressantes vues ici, d’autres venant d’ailleurs et en plus, quelques adjonctions de son propre cru, prévues pour deux fois onze cadres, 380 x 260, en bâtisse froide plus éventuellement, un douzième en bâtisse chaude pouvant servir de cadre-témoin si nécessaire (et plus tard, de cadre-piège dans la lutte contre les varroas).

Il y en avait 12 dans un magnifique pavillon, bien étudiées dans les moindres détails, érigées par ses soins, un vrai laboratoire, comportant aussi quelques particularités remarquables dues à sa perspicacité. Le rucher était entouré d’un verger dans lequel, sur de solides supports se trouvaient de nombreuses ruchettes de réserve et, en période propice, d’élevage ou de fécondation.

Tous les apiculteurs ayant visité ce rucher, et ils sont nombreux, en étaient émerveillés et plus d’un a tenté de l’imiter.

Le calme et l’adresse de Léo pendant le travail aux ruches étaient remarquables, une maîtrise impressionnante.

Ces ruchettes de réserve prévues pour six cadres mais avec possibilité de placer une partition pour pouvoir contenir deux colonies chacune sur trois cadres avec sorites tête-bêche. Une petite merveille pour l’apiculture moderne (les cadres se manipulaient verticalement).

Ces ruchettes de fécondation, également de fabrication personnelle, inspirées par différents modèles sur le marché, gérées à sa manière avec adresse, entraient aussi en fonction dans sa méthode de conduite des colonies de production.

Dans le domaine de la lutte contre les varroas, peu enclin à l’utilisation de pesticides ou autres produtis chimiques, il entrevoyait la possibilité de combattre les acariens par des interventions judicieuses faisant parties intégrantes de la conduite des colonies. Il l’a pratiquait avec succès mais bien peu d’apiculteurs lui ont fait confiance sur ce point et cependant, cela marche parfaitement ! In en reparlera prochainement.

Léo DE RUDDER est né en 1899 et décédé en 1991

Roger Van Hee